ÉditoActualitésÉvenementsCommuniquésManifestationsRéflexionsRetour sur...SyndicalismeTravail      mardi 07 juillet

L’état d’urgence ne doit pas cacher... les tas d’urgences !

  

L’état d’urgence, instauré le 13 novembre suite aux horribles attentats commis à Paris à et Saint-Denis et prorogé pour une période d’au moins trois mois par l’assemblée nationale, fait suite à la situation tragique et exceptionnelle que nous avons vécue. Il déroge à « l’état de droit ». Il permet de contourner plusieurs acquis démocratiques fondamentaux. La vigilance doit être de mise pour éviter que la lutte contre le terrorisme ne légitime les restrictions importantes de nos libertés fondamentales collectives et individuelles, et notamment syndicales.

L’Union syndicale Solidaires a depuis le début de l’état d’urgence travaillé aux côtés des forces démocratiques et progressistes, qu’elles soient syndicales, associatives ou politiques pour dénoncer les abus inhérents à ce régime d’exception qui confère des pouvoirs supplémentaires aux préfets et au ministère de l’Intérieur.

Le pouvoir a interdit plusieurs manifestations et procédé à différentes arrestations et à de nombreuses gardes à vue de simples manifestant-es pour la justice climatique. Au lieu d’apporter des réponses aux revendications légitimes des mobilisations de ces dernières semaines (manifestations citoyennes et écologistes dans le cadre de la COP 21, soutien aux réfugié-es, et plus globalement toutes les activités revendicatives dans le cadre d’une démocratie), le gouvernement a choisi la carte de la répression. Il n’est pas acceptable que l’état d’urgence serve à verrouiller le mouvement social, à arrêter des syndicalistes et manifestants qui ont eu le tort... de se mobiliser et de manifester (même si nous avons pu arracher au final l’autorisation de manifestation pour la justice climatique le 12 décembre).

Les différents événements commerciaux et de consommation, qui regroupent des milliers de personnes, ne sont, eux, pas interdits : derrière l’argument de la sécurité qui est mis en avant, on ne peut que voir la manœuvre d’un gouvernement qui profite de l’émotion, légitime, pour interdire toute contestation sociale.

Mais les activités militantes ne sont pas les seules concernées : les interventions de la police sur soupçon ou dénonciation ont touché de nombreuses personnes sur le seul fait de leur religion ou origine supposées entraînant blessé-es, destructions de logements, de biens commerciaux, de lieux de cultes, reconduites à la frontières de personnes sans papiers, en attente de régularisation, vivant en France depuis longtemps, sans aucun rapport avec le terrorisme. Les dérapages sont nombreux et le pouvoir agit avec d’autres fins que la lutte contre le terrorisme.

Les privations de libertés qui vont en augmentant et touchent de plus en plus de personnes, dont la grande majorité n’ont rien à voir de près ou de loin avec le terrorisme, montrent la réalité d’un état d’urgence où il n’existe quasiment aucun contrôle démocratique des procédures, actes et décisions. La société civile a interpellé avec force le gouvernement quant aux excès de plus en plus réguliers et qui mettent en péril le combat pour une société de paix et de progrès social. Au côté de la Ligue des droits de l’homme, du Syndicat des avocats de France, l’Union syndicale Solidaires a signé un appel unitaire "Nous ne céderons pas" porté par des dizaines d’associations et de syndicats dénonçant à la fois les attaques sanglantes de Daesh contre l’humanité et la réponse autoritaire du gouvernement. Ce cadre unitaire a publié un second appel "Sortir de l’état d’urgence" que nous soutenons.

Lutter contre le terrorisme, c’est s’attaquer à ses racines et à ses causes.

Pour l’Union syndicale Solidaires, il n’y a pas de « choc des civilisations » mais des pousse-au-crime qui attisent les haines. La société capitaliste est basée sur l’exploitation, l’exclusion, les discriminations, les inégalités, la misère… Certains captent la colère et/ou le désespoir ainsi créés pour les transformer en haine, capable d’amener des jeunes à se faire sauter pour en tuer d’autres. C’est intolérable, mais le gouvernement qui organise le désespoir populaire, les employeurs publics qui y contribuent très largement en créant toujours plus de chômage, les patrons qui vivent de la misère de celles et ceux qu’ils exploitent, n’ont pas de leçon à donner.

Les mesures sécuritaires ne règlent rien : Vigipirate est en place depuis 30 ans. Ce sont des milliards qui auraient été plus utiles (y compris pour la sécurité collective) pour rétablir des services publics sur tout le territoire. Lutter contre le terrorisme, c’est s’attaquer à ses racines (comme le fondamentalisme religieux et les régimes politiques qui le soutiennent), à ce qui le nourrit (comme les guerres impérialistes, la misère, les inégalités et les injustices sociales), c’est refuser la peur qu’il veut instituer et les privations de liberté dont il est porteur.

Le gouvernement décrète « l’état d’urgence » sur le territoire national. C’est une disposition inventée en 1955 à l’époque de la guerre d’Algérie. Il met en place une panoplie de mesures liberticides et envisage de prolonger cette situation au delà de trois mois.

  • Chaque préfet peut imposer un couvre-feu.
  • Il peut également interdire de séjour dans son département « toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics ».
  • Le ministre de l’Intérieur ou les préfets concernés peuvent « ordonner la fermeture provisoire des salles de spectacle, débit de boissons et lieux de réunions » ainsi que « les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Manifestations et rassemblements entrent bien entendu dans la définition de ces « réunions » susceptibles d’être interdites sans autre motif.
  • Le décret permet aussi aux préfets et au ministre de l’Intérieur d’ordonner des perquisitions à domicile sans lien avec une infraction pénale et sans contrôle de l’autorité judiciaire « de jour et de nuit »

Comme aux Etats Unis après le 11 septembre 2001, de nombreuses mesures de restriction des libertés risquent de demeurer bien au delà.

L’état de guerre fait le jeu de toutes les forces réactionnaires qui l’utilisent pour construire une société toujours plus policière et prônent une « unité nationale » qui rassemblerait exploiteurs et exploités, fauteurs de guerre et victimes. Nous ne combattrons pas pour la liberté et l’égalité aux côtés des ennemis de la liberté et de l’égalité. Notre réponse, c’est plus de solidarité, plus de justice sociale, plus d’égalité ici et au-delà des frontières. Nous savons que pour les obtenir, il nous faudra construire un rapport de force ! L’état d’urgence ne doit pas faire oublier toutes les luttes qui se déroulent actuellement pour la justice climatique et pour l’égalité sociale dans et en dehors des entreprises.

Les exigences sociales et revendicatives ne peuvent pas être effacées ou mises de côté après la barbarie que nous avons connue.

  • Nous combattons tous les fascismes qu’ils soient politiques ou religieux. Les extrêmes droites, fondamentalistes ou politiques, aux noms et pratiques différentes ont en commun leur vision totalitariste de la société.
  • Nous combattons pour la laïcité et contre toutes les discriminations et les amalgames. Les extrêmes droites aimeraient nous dresser les uns contre les autres et exacerber les tensions communautaires : à nous d’y répondre pour les progrès sociaux, l’égalité, ensemble, pour toutes et tous.

Le gouvernement doit prendre des mesures d’urgence, oui, mais qui sont celles-ci :

  • un renforcement immédiat et massif des services publics,
  • un changement radical de la politique pénale pour arrêter que les prisons soient des lieux de radicalisation,
  • des mesures sociales fortes pour l’égalité réelle pour que le « vivre et travailler ensemble » soit effectif.

Et l’état d’urgence doit être levé au plus tôt pour sauvegarder toutes nos libertés.


Documents à télécharger > L’état d’urgence ne doit pas cacher... les tas d’urgences !


Édito

           

Rendez-vous

Le 11 juillet 2020
Journée nationale unitaire de mobilisation à l’occasion de la fin de la trêve des expulsions
La crise sanitaire a révélé à nouveau et aggravé les effets dramatiques au plan social et humain de la crise du logement, conséquence de politiques du logement désastreuses : sans- abris confinés dans la rue, gymnases et chambres d’hôtels surpeuplées, mal- logés dans les taudis, habitants des quartiers populaires en surpeuplement et résidents de foyers abandonnés, locataires HLM et privés, ou accédants, qui par centaines de milliers sont, ou seront, en impayé car leurs revenus ont diminué et le logement est cher, trop cher !
Le 14 juillet 2020
Journée nationale d’action contre les politiques ultralibérales du gouvernement
Le 14 juillet prochain, jour symbolique, doit marquer l’exigence de tout changer en mettant à l’honneur “les premières et premiers de corvée” Solidaires appelle à se rassembler et agir partout sur le territoire contre les politiques ultralibérales du gouvernement.

Facebook


Twitter


Actualités

L’État décide de frapper au porte-monnaie les départements qui résistent au fichage des enfants
Tout juste sorti de cette période de confinement, et alors que la crise sanitaire a fortement impacté la situation des mineur⋅es isolé⋅es, le gouvernement reprend l’offensive réglementaire à l’encontre de leurs droits.
14 Juillet : Toutes et tous à la Bastille !
Malgré les milliards d’euros d’aides de toutes sortes aux entreprises, sans aucune contrepartie, les annonces de plans sociaux se succèdent dans tous les secteurs d’activités comme : la Halle, Célio, Nokia, Airbus, Air France, Sanofi, Renault, Engie, ... et dans la sous-traitance.
Le Conseil d’État interdit une nouvelle fois au gouvernement de fouler aux pieds la liberté de manifester
Saisi par le SAF, la CGT, FO, la FSU, Solidaires, le SM, l’UNEF, le DAL et Attac, le Conseil d’État vient de suspendre pour la deuxième fois les dispositions du décret du 31 mai 2020 qui, selon une nouvelle rédaction du gouvernement, soumettait la liberté de manifestation à un régime d’autorisation.
Manifeste pour une République française antiraciste et décolonialisée
Et en Europe, ces mobilisations ont aussi permis de mieux comprendre en quoi les violences policières actuelles, ciblant particulièrement les citoyen.ne.s issu.e.s des anciennes colonies, mais aussi des populations des territoires, départements et collectivités dites d’outre-mer, étaient tout autant nourries des traditions racistes d’une longue histoire coloniale.
Déterminé.es à agir
Le comité national de Solidaires constate que le gouvernement cherche à revenir au plus vite au « monde d’avant » pour amplifier sa politique de casse sociale et de mépris des travailleuses et des travailleurs, notamment celles et ceux qui ont été exposé.es au virus pendant la crise.